
L’exposition Babel réunit un ensemble d‘une quarantaine d’œuvres de la collection du Fonds Régional d’Art Contemporain Auvergne qui proposent un aperçu des divers aspects de la peinture abstraite actuelle.
Emprunter la voie de l’abstraction, c’est être animé par des préoccupations étroitement liées au langage. Emprunter la voie de l’abstraction pour un artiste, c’est être dans une posture finalement assez semblable à celle de certains écrivains, compositeurs, réalisateurs… pour lesquels la difficulté consiste toujours à inventer une langue qui leur soit propre.
En littérature, les exemples abondent d’une syntaxe soumise à de profondes mutations qui semblent faire basculer l’écriture vers une forme d’abstraction : Laurence Sterne (Vie et opinions de Tristram Shandy, 1760), Stéphane Mallarmé (Un coup de dés jamais n’abolira le hasard, 1897), André Breton et Philippe Soupault (Les Champs Magnétiques, 1919), James Joyce (Finnegans Wake, 1939), Samuel Beckett (L’Image, 1950), Georges Perec (La Disparition, 1969), Olivier Cadiot (L’Art Poetic ‘, 1988)… sont quelques exemples d’une langue littéraire qui n’a de cesse de transgresser ou de réinventer les codes.
En musique il en va de même : musique sérielle d’Arnold Schönberg (début des années 20), musique concrète de Pierre Schaeffer (années 40), musique électroacoustique de Karlheinz Stockhausen (années 50), musique répétitive de Steve Reich (années 60), musique spectrale de Tristan Murail (années 80)…
Cette langue abstraite, ou supposément abstraite, n’est pas toujours accessible au public de manière immédiate ou naturelle. C’est pourquoi la rencontre avec l’œuvre d’art doit-elle toujours s’exercer dans un certain abandon de ce que l’on croit savoir et, notamment, des habitudes de lectures qui sont les nôtres habituellement. Et l’on peut même affirmer que cette rencontre, si étrange, si dérangeante parfois, doive s’accompagner d’un processus de désapprentissage : il faut désapprendre à lire, désapprendre à voir, se défaire d’habitudes de lectures qui, si elles permettent d’appréhender la réalité, ne correspondent pas nécessairement au langage créé par tel ou tel artiste pour mener ses recherches. L’art n’a de cesse de proposer de nouveaux modes linguistiques, de nouvelles règles grammaticales, de nouvelles manières de voir. Sans ces expériences permanentes, pas d’Impressionnisme, pas de montage cinématographique, pas d’avancées en musique ou en littérature.
Le mythe biblique de Babylone, qui donne son titre à cette exposition, est en cela une bonne illustration de notre difficulté à appréhender les œuvres qui nous sont contemporaines. Dans la Genèse, l’épisode de Babylone est stigmatisé par la décision divine de supprimer la langue unique qui permettait jusqu’alors à tous les hommes de se comprendre et de la démultiplier en une kyrielle de langues étrangères les unes aux autres, pour punir le genre humain d’avoir tenté d’édifier une tour censée atteindre les cieux, semant ainsi la discorde parmi un peuple désormais privé de langage commun.
Apprendre à lire les œuvres d’art (et en ceci, Picasso a totalement raison lorsqu’il dit que « l’art c’est comme le chinois, ça s’apprend ») reviendrait alors à accepter la confrontation avec une somme de langues étrangères.
« La terre entière se servait des mêmes mots. Or, en se déplaçant vers l’Orient, les hommes découvrirent une plaine dans le pays de Shinéar et y habitèrent. Et ils se dirent l’un à l’autre : « Allons ! Moulons des briques et cuisons-les au four. » Les briques leur servirent de pierre et le bitume leur servit de mortier. « Allons ! dirent-ils, bâtissons une ville et une tour dont le sommet touche le ciel. Faisons-nous un nom afin de ne pas être dispersés sur toute la surface de la terre. »
Le Seigneur descendit pour voir la ville et la tour que bâtissaient les fils d’Adam. « Eh, dit le Seigneur, ils ne sont tous qu’un peuple et qu’une langue et c’est là leur première œuvre ! Maintenant, rien de ce qu’ils projetteront de faire ne leur sera accessible ! Allons, descendons et brouillons ici leur langue, qu’ils ne s’entendent plus les uns les autres ! » De là, le Seigneur les dispersa sur toute la surface de la terre et ils cessèrent de bâtir une ville. Aussi lui donna-t-on le nom de Babylone car c’est là que le Seigneur brouilla la langue de toute la terre, et c’est de là que le Seigneur dispersa les hommes sur toute la surface de la terre. »
(Genèse XI)
Pierre GONNORD
A l’occasion du 44e Festival International de Musique de La Chaise-Dieu, une collaboration artistique inédite avec le FRACAuverne est inaugurée.
Si le Festival a déjà proposé dans le passé des expositions de peintures prestigieuses (Braque, Vasarely, Picasso), ce rapprochement entre musique et art contemporain revêt un caractère plus novateur et grand public.
En effet, plutôt qu’une salle annexe des bâtiments de l’abbaye ou une galerie dans le village de La Chaise-Dieu, c’est un lieu public et semi-extérieur qui a été choisi pour accueillir dix portraits grands formats, œuvres du photographe Pierre Gonnord. Le cloître de l’abbaye, lieu de passage, de croisement des festivaliers, des touristes et des habitants, est aussi le cœur de l’abbaye bénédictine, lieu de sérénité et avant d’accéder à l’église abbatiale Saint-Robert, qui accueille les concerts mais reste un espace de prière et de spiritualité.
Exposition en accès libre de 9 h à 23 h.
Avec le mécénat de la Caisse d'Epargne Auvergne et Limousin.
Le petit FRAC : ateliers d'été
Pendant les vacances d'été, le FRAC Auvergne propose pour vos enfants quatre séances d'ateliers, du mardi au vendredi, de juillet à août.
Ateliers du matin, de 10 h à 11 h 30, pour les 6-8 ans
Ateliers de l'après-midi, de 14 h à 15 h 30, pour les 9-12 ans
Tarifs : 20 euros par enfant pour un cycle de 4 séances dans la même semaine.
Inscription : la capacité d'accueil étant limitée à 10 enfants par séances (et par cycle), l'inscription est obligatoire : par téléphone au 04 73 90 5000 ou par email à : laure@fracauvergne.com
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Les anti-conférences
Les anti-conférences ne sont pas des conférences. Elles se veulent didactiques, ne s’adressent pas aux spécialistes. Très généralistes, elles s’adressent en priorité à un public novice et à tous ceux qui souhaitent se familiariser avec la création artistique. Des fresques de Giotto peintes au 14ème siècle jusqu’aux oeuvres actuelles, elles ont pour principe d’offrir un certain nombre de clés destinées à faciliter l’approche des oeuvres.
Le nombre de places étant limité à 40, il est nécessaire de prendre vos réservations à l’accueil, par téléphone ou par email (frac.auvergne@orange.fr).
L'abstraction n'existe pas - Mardi 8 juin à 19 h
Le paysage n'existe pas - Mardi 8 octobre à 19 h
Le corps n'existe pas - Mardi 8 novembre à 19 h
Et si tu n'existais pas... - Mardi 7 décembre à 19 h
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Ateliers et visites scolaires
Pour organiser votre visite, veuillez prendre contact avec Laure Forlay, Chargée des Publics au FRAC Auvergne au 04 73 90 5000.
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Programmation 2010 au FRAC Auvergne
Un Corps Inattendu
Carte blanche à Jean-Louis PRAT
1er octobre 2010 / 31 decembre 2010
Pour célébrer ses 25 ans le FRAC a souhaité proposer une carte blanche à Jean-Louis Prat. Auvergnat d’origine, Directeur de la Fondation Maeght pendant 35 ans, il nous fait l’honneur de concevoir une exposition exceptionnelle réunissant des chefs-d’oeuvre de la seconde moitié du 20ème siècle qui, pour clore l’année, permettra de découvrir des oeuvres majeures empruntées auprès de prestigieuses collections publiques et privées européennes.
« Après la seconde guerre mondiale, aux contours des années 50 la représentation du corps va se trouver libérée, mise en scène d'autres manières, parée d'autres atours par des artistes, peintres ou sculpteurs, en quête d'une nouvelle liberté. Un sentiment neuf surgit. Une manière d'être, de vivre, de penser, voit le jour, en dehors des écoles et des mouvements. Les questionnements de la pensée permettent de s'attaquer à un corps sacralisé pour lui donner d'autres valeurs symboliques.
Les certitudes sont ébranlées, et transparaît alors dans la représentation "d'un corps inattendu" les fragilités de la vie mais aussi celles de l'âme. Les créateurs de ce temps tissent ainsi de nouvelles présences. Ils ouvrent des voies insoupçonnées fortes et généreuses, et livrent, sans complexe, la possibilité d'exprimer un corps parfois malmené qui va retrouver une autre grandeur, une autre beauté, pour une autre vérité.
Adami, Bacon, Baselitz, Basquiat, César, Combas, De Kooning, Dubuffet, Fautrier, Giacometti, Klein, Lam, Laurens, Leroy, Lindner, Lüpertz, Miro, Monory, Moore, Picasso, Pignon Ernest, Rebeyrolle, Richier, Rouan, Saura, Staël, Tapies, Ubac, Velickovic, entre autres, seront présents dans cette exposition avec des oeuvres majeures afin d'exprimer et dire un corps inattendu. »
Jean-Louis PRAT